Au hasard des pages

Premeière semaine : Le printemps

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Il est enfin midi. Coralie a passé la majeure partie de la matinée à scruter avec impatience, mais aussi avec crainte, l'horloge qui prenait un malin plaisir à égrener des éternités. Elle sort nerveusement de l'agence immobilière où elle est secrétaire, et se dirige d'un pas pressé vers la place du marché. Elle a fixé rendez-vous à Hervé aux caisses du parking pour l'inviter à manger, et ne veut pour rien au monde risquer de le manquer.

Coralie est belle. La silhouette élancée, la poitrine digne des poupées Barbie de son enfance, les cheveux raides et noirs, les yeux foncés et pénétrants, elle correspond à l'archétype de la femme fatale latine, digne d'une gravure de mode. C'est bien là son malheur, tous les hommes veulent l'épingler, telle une gravure, à leur tableau de chasse. Enfin, peut-être pas tous, Hervé semble ne pas se comporter comme ceux qu'elle a connus jusqu'à présent. Pour elle, une vie normale de femme aimée et aimante semble interdite. Elle passa une partie de son existence à souhaiter être laide ou au moins banale, pour ne plus entendre les phrases insipides et classiques des séducteurs oppressants et inintéressants qui flattent sa beauté, la plaçant systématiquement au rang d'icône, ne cherchant jamais à connaître son caractère, ce qu'elle pense, ce qu'elle désire. Coralie a l'impression de ne pas exister, elle se sent seule. Même les femmes hésitent à la côtoyer, de peur qu'elle séduise leurs maris.

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Il est quatorze heures, Evelyne est allongée sur le lit. Son regard vagabonde au plafond. Elle remarque une toile d'araignée qu'elle note d'enlever plus tard, et se concentre à nouveau sur le sujet de ses préoccupations. Ce vendredi est le jour de son anniversaire, et rien n'est prévu pour la soirée. Son mari a déjà fêté l'événement à midi pour assister le soir à un match de foot avec des copains. Tu parles d'un événement ! S'énerve-t-elle. Bertrand est arrivé comme tous les ans avec une rose, et s'est fendu d'un cadeau inattendu dérisoire. Il lui a offert un bracelet qu'elle a vu ce matin sur le marché pour une valeur de cinq euros. En sortant du lycée, il est simplement passé par le marché où il a vu la babiole. Il n'avait même rien prévu à l'avance. Evelyne opte pour inviter ses deux meilleures amies à une soirée cinéma, puis restaurant. C'est encore ce qui lui fera le plus plaisir.

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Elle ne parvient plus à s'assoupir, surprise des découvertes de la soirée, et aussi terriblement troublée. Elle n'a bien sûr rien décidé quant à l'étalon, mais elle se rend compte que de nouvelles idées interdites submergent son esprit. Elle ne parvient à les chasser qu'avec difficulté. Pire, ce qui lui paraissait inconcevable encore au restaurant lui semble maintenant possible, et pas forcément mal. La tentation fait son œuvre inexorablement, et Evelyne s'en rend compte, consciente mais impuissante, se demandant où cette situation nouvelle va la mener.

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Deuxième semaine

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Comme la plupart des lundis, Paul termine son entraînement de tir, sort de la clairière et se rend à la banque pour ranger le matériel dans son coffre-fort. Il se dirige ensuite à Genève au Parc des Bastions pour déjeuner à la guinguette. Il se divertit en observant depuis sa table les joueurs d'échecs en plein air. Genève, la cosmopolite, est unique pour offrir des situations insolites. Un homme blond d'une quarantaine d'années, habillé en costume de cérémonie avec nœud papillon, certainement musicien lyrique à l'opéra tout proche, affronte un homme d'une cinquantaine d'années à l'allure de bûcheron, portant une chemise à carreaux et une casquette vissée sur la tête. La concentration des joueurs est intense, la partie est acharnée. Un public de connaisseurs, des immigrés russes, envahit le banc voisin. Plus loin, des femmes se font bronzer sur la pelouse, au milieu d'étudiants qui se restaurent bruyamment. Il est midi et demi, bientôt les employés de banques, tirés à quatre épingles, sortiront des restaurants alentour et arpenteront les allées en badauds.

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Perturbé, Yves Constantin descend les rues de la vieille ville et s'oriente vers la guinguette du Parc des Bastions. Son attention est attirée par une partie d'échecs acharnée.

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- Et comment a-t-il réagi quand tu lui as avoué ton homosexualité ?

- Il m'a bluffée. Il m'a répondu qu'il s'en était déjà aperçu et a décrit toutes les réactions que j'avais en présence de femmes, y compris mes attitudes de séduction. Ensuite il m'a demandé si j'arrivais à gérer ma situation, si j'avais besoin d'aide. Bref, il m'a fait le plus beau cadeau qu'on puisse m'offrir, me comprendre et me considérer normalement. C'est un sensible qui joue les machos devant les hommes pour ne pas se faire remarquer.

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- Monsieur Ziegler ? Bonjour Monsieur, excusez-moi de vous déranger. Je suis en séance avec Monsieur Valendreuse, éminent client chez nous, enfin je veux dire chez vous. Ce Monsieur conteste un virement de cinq millions quarante-trois mille sept cent vingt et un dollars effectués par nos, pardon, par vos services.

- Rien que cela ! Veuillez patienter Jean-Pascal, je consulte l'ordinateur.

En examinant les fichiers, Friedrich Ziegler commence à se douter des véritables motifs de la mort de Jean-Daniel Vogel.

- Le client peut nous entendre ?

- Non Monsieur.

- Bien, alors écoutez-moi attentivement. Ce Monsieur Valendreuse est un homme politique français douteux. Vous connaissez également les relations douteuses et le décès douteux de Jean-Daniel. Cette histoire sent le règlement de comptes entre personnes peu recommandables, avec lesquelles la banque ne doit en aucun cas être mêlée. Alors vous niez toute responsabilité de notre part, vous vous débarrassez au plus vite de cet individu et vous m'appelez immédiatement après.

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Troisième semaine

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Rémi Duchemin sort de son bureau genevois à dix-sept heures et se trouve inévitablement bloqué dans les embouteillages précédant le Pont du Mont Blanc. Homme de confiance de Bernard Cornert, il s'occupe de gérer l'emploi du temps de son patron et de superviser les nombreuses comptabilités de celui-ci. Rémi Duchemin voulait être honnête. Mais son premier emploi le mena chez Bernard Cornert. Quand il s'aperçut d'enregistrements comptables douteux, il fut impossible de démissionner. Le patron n'aurait pas laissé partir vivant le détenteur de tels secrets. Alors piégé, Rémi Duchemin resta fidèle à son patron par obligation, et évolua dans la hiérarchie pour se rendre indispensable, donc vivant. Cela ne l'empêche pas d'être constamment stressé. La peur de l'erreur le mine dans une activité où son patron règle les indemnités de licenciement à coups de neuf millimètres.

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- Bonjour ma chérie, dit Coralie en l'embrassant. Viens m'aider, je ne m'en sors pas.

- Bon, ton ceum, c'est quel genre ? Bcbg, coincé de la cravate, ou baba cool attardé ?

- Plutôt cool chic.

- Ah, je vois. Il est grave classique, jean propre et chemise.

- Pour un jour de congé de printemps, je pense qu'il s'habillera comme ça, oui.

Au bout d'une heure d'essais, d'habillages et de déshabillages sous la chaleur montante, le noir faisant trop boite de nuit, le blanc trop cérémonieux, le pantalon trop ville, le tailleur trop femme d'affaires, il est opté pour une robe légère printanière, style années soixante, suffisamment ajustée pour mettre en valeur ses formes, et pas trop échancrée ni trop transparente pour ne pas sembler provocante.

L'heure qui suit consiste à compléter le vêtement de base, en assortissant sous-vêtements, rouge à lèvres, maquillage, chaussures, ceinture, bracelets, sac à main et autres accessoires. Heureusement que l'épilation douloureuse fut faite la veille, car Coralie est déjà en retard et son vernis à ongles n'est pas encore sec.

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- Viens !

Caroline ne se fait pas prier. Elle entre dans le lit de sa maman, se pelotonne contre elle pour être cajolée. Pour un peu, elle aurait aussi amené avec elle Babar, sa peluche préférée, mais l'a laissé dans sa chambre pour ne pas justement se faire chambrer. Jeune fille la nuit et bébé le matin, pense Coralie qui n'est pas pressée de la voir grandir. Caroline présente son dos en grognant pour se faire masser. Elle adore être câlinée. Tout en s'exécutant, Coralie questionne sa fille sur sa soirée, sa curiosité rompant alors malheureusement le charme de l'image du bébé.

- Je suis sorti avec un ceum. Il était beau ! Mais il embrassait mal, alors j'ai changé de salle pour qu'il ne me retrouve pas.

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Quatrième semaine

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- Ecoute, j'ai pensé que ce serait bien que tu fasses connaissance avec Caroline. Ça nous rapprocherait peut-être plus. Samedi, c'est la soirée annuelle de son club de judo. Je sais, ce n'est pas une sortir très élaborée…

- Je vois le genre, tu veux me dégoûter, interrompt Hervé en riant. Salle de sport, merguez, et musique à l'accordéon.

- Tu n'es pas très loin. Sauf pour la musique, le DJ est plus moderne.

- Je crois que ta soirée ne peut pas être pire que mon invitation ratée à la maison à cause de la femme de ménage. Et pourquoi pas, c'est un terrain neutre idéal pour rencontrer ta fille. Au pire, elle m'enverra sur le tatami qui amortira la chute.

- Ça veut dire oui ?

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Les deux amants se douchent en partageant les ultimes jeux érotiques. Antoine raccompagne Evelyne à sa voiture, lui communique son numéro de téléphone portable, l'embrasse et lui mentionne.

- Tu m'appelles quand tu veux.

Cette dernière phrase rappelle à Evelyne l'exacte situation, qu'elle avait oubliée le temps de ses ébats. Elle ne peut espérer plus d'Antoine que des moments agréables exempts de sentiments.

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- Cela ne me regarde pas et je n'ai pas l'habitude de prodiguer des conseils. Mais je crois que vous feriez mieux d'arrêter avant que les choses empirent.

Vincent se rend à l'évidence, et prend congé après avoir établi un chèque du montant de la perte. Il rentre chez lui dans un état second, trop choqué pour se mettre en colère, se demandant s'il n'a pas rêvé, ou si une autre personne ne vient pas de jouer son rôle, tellement ce comportement irresponsable ne lui ressemble pas. Tout est calme chez lui. Il s'allonge dans le lit à côté de Sabine endormie. Il se refuse à réfléchir avant une courte nuit de sommeil, qui tarde à venir, le temps que l'excitation de la soirée tombe.

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- Bien. Je vois que les femmes sont plus rapides à se préparer que les hommes.

- Je vois que les femmes persiflent facilement. Si je suis un peu en retard, c'est à cause des courses que j'ai entreprises dans l'intervalle, pour préparer le somptueux petit déjeuner de demain matin, pour ma princesse. Si toutefois celle-ci daigne toujours venir, et ne me répudie pas à cause de ce manquement à l'étiquette.

- Nous verrons cela. Vous avez la soirée pour réparer cet affront, très cher.

- Et où est la descendance ?

- Caro se prépare pour le spectacle de présentation du club.

- Dans ce cas, puis-je vous offrir, pour débuter ma pénitence, le premier apéritif de la soirée ?

- Avec plaisir, si tu me prends par la taille pour rendre jaloux tous les séducteurs que j'ai dû affronter pendant ton retard, et si tu arrêtes de jouer les obséquieux.

- C'est toi qui as commencé.

- Non, c'est toi.

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Cinquième semaine

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- Pour que l'on retrouve la sérénité de notre couple, il faut que l'on change d'amis. J'ai pensé qu'il serait bien qu'on invite samedi soir de nouvelles têtes.

- A qui penses-tu ?

- J'envisageais les amis du vélo, François, le dentiste, et sa femme, Sophie et son ami, si elle en a un, et peut-être les Allibert.

- Je ne les connais pas.

- Tu ne te souviens pas ? On les a rencontrés à l'anniversaire de Jeannot, il y a deux ans. Des gens sympas.

- Je ne me souviens pas.

Evelyne manque d'éclater de rire. Bertrand espère rattraper son couple avec les rois du mollet. Cela promet des conversations passionnantes axées sur la petite reine. Peut-être rapproche-t-il son couple du tandem. Mais la pensée de ce qu'elle veut lui annoncer lui souffle de temporiser. Après tout, cela peut être drôle, si elle prend du recul et assiste au repas comme à un spectacle.

- D'accord, mais je ne les connais pas beaucoup. Tu ne veux pas te charger des invitations ?

- Avec plaisir, ose avancer Bertrand, soulagé de voir sa femme intelligente acquiescer et reprendre le droit chemin. Il sourit et s'apprête à tourner les talons lorsque Evelyne ajoute.

- Attends. Moi aussi j'ai quelque chose à t'annoncer.

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Amandine, Evelyne et Mathilde entrent dans le restaurant indien Rameeka, mouillées par une pluie qui a la fâcheuse intention de reculer la chaleur du printemps. La salle est presque vide ce soir. Au constat de Mathilde, Amandine explique.

- C'est normal. Tous les hommes sont devant la télé en train de regarder le match de foot. Le guide des lampions, je crois, ou quelque chose comme cela.

- La ligue des champions, reprend Evelyne. Bertrand et Jeannot n'arrêtent pas d'en parler. Et toi Mathilde, ton homme regarde aussi ?

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- C'était grave ?

- Non, un petit sparadrap a suffi. Mais il ne m'a plus aidé. Il est allé se remettre de ses émotions devant la télé.

- Je ne savais pas que Bertrand était aussi douillet qu'Amandine, lance Mathilde pour se venger gentiment du reproche précédent de son amie.

- Tu es méchante ! Réagit Amandine. Je n'y peux rien, c'est plus fort que moi, je ne supporte pas la douleur.

- Tu n'es pas la seule, apaise Mathilde. Je suis toujours étonnée de voir des hommes forts se plaindre comme des petits enfants devant un rhume ou n'importe quelle maladie bénigne.

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Quelques semaines plus tard : L'été

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- Veux-tu vivre avec moi ?

Coralie se redresse sur le coude, l'esprit en alerte, éclaire la lampe de chevet et demande.

- Tu peux me répéter la question ? Je ne suis pas sûre d'avoir bien entendu.

Hervé répète avec difficulté, mais doucement cette fois-ci, la phrase qu'il avait déjà eu du mal à prononcer.

- Veux-tu vivre avec moi ?

 Il précise.

- ça ne doit pas t'influencer, mais il faut que tu saches que Julie et Sébastien sont d'accord.

L'attente d'Hervé paraît longue. La surprise passée, par cette demande tant espérée qui surgit à un moment inattendu, Coralie répond, doucement, puis fortement avec jubilation.

- Oui, OUI !

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Il va régler une affaire familiale et profiter en même temps du soleil de l'été. La Mercedes s'arrête devant l'entrée de la plage d'Aix-les-Bains. Ange-Marie et Andrea descendent et se dirigent vers le restaurant. Marco redémarre et stationne plus loin, en bordure du lac et de la route nationale, à un lieu lui permettant de surveiller par sécurité sa famille à la jumelle.

Sur la terrasse, Stéphane Franzini voit arriver les frères Petroni. Noué, il se force à prendre une allure joviale.

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- Ouais, les temps changent. Maintenant, quand les sportifs parlent entre eux, ils échangent leurs recettes d'épilation. La dernière fois, ça m'a tellement gonflé que je les ai laissés entre mecs.

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- Ne m'en parle pas, acquiesce Paul, qui prolonge la goujaterie. Si seulement j'avais dix ans de moins.

- Oh, oh ! Les hommes ! Gronde Mathilde. Ne rêvez pas, il est trop tard. Et je vous signale que nous, les femmes, nous sommes mieux conservées que vous. Nous aussi, nous pourrions très bien aller voir ailleurs. Alors soyez sages ou vous allez trembler.

- Pardon ! Reprend d'un ton suppliant Paul. On vous promet d'être sages, et on attend surtout la suite de l'histoire.

- Bien ! Décide Chantal. Alors je continue si vous me promettez d'arrêter vos observations idiotes de mâles libidineux.

- Promis ! Jurent en cœur les deux hommes. Alors ?

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Un peu plus tard : La reprise du travail

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Septembre. Les pharmaciens déplacent les crèmes solaires des rayons principaux pour les remplacer par les antidépresseurs.

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Amandine glisse soudain sur un jouet. La pâtisserie bascule et s'étale sur le sol. Toute l'assemblée terrifiée scrute des immondices de chocolat, qui continuent à émettre, dans un bruit étouffé, la chanson d'anniversaire. La scène insolite provoque l'hilarité générale, fixant le neuvième anniversaire de Romain au rang d'événement le plus drôle de l'année. Mais la fête passée, Amandine observe amèrement, une fois de plus, son incorrigible maladresse.

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Un mois plus tard : L'automne

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Impôt sur le revenu, taxe foncière, taxe d'habitation, les feuilles d'automne tombent, et la pluie aussi.

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Assis dans son fauteuil, Antoine tente de faire le point. Il est marié avec une épouse belle mais ennuyeuse, a deux enfants, une maison et pas de chien. Ce bilan lui laisse un vide. Il lui manque quelque chose, alors que ses amis ne le comprennent plus et se contenteraient de sa situation, sans se poser de question. Le problème est bien là, il se pose des questions. Il ne fait pas partie du royaume des aveugles.

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Ludovic savait qu'Ibrahima était fort au scrabble et lui a donné une leçon. Le pire est que la leçon est incontestable. Bertrand se croyait au dessus des clichés racistes, surtout avec la variété des élèves qu'il fréquente au lycée. Mais l'accent et la couleur de la peau de son adversaire lui ont suffi à se croire supérieur. Bertrand a oublié que les sénégalais sont doués pour les langues, avec leurs liens francophones, l'arabe pour la religion, et les dialectes régionaux.

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Encore plus tard : L'hiver

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- Ouf, cela fait beaucoup de choses à découvrir à la fois.

- Laisse la lire tranquillement, intervient Paul qui s'est placé intentionnellement, par coquetterie, de l'autre côté de Coralie. Tu es en train de la noyer.

Devant le sourire de Coralie et le regard surpris et ennuyé d'Hervé, Paul ajoute avec une pointe de malice.

- Ah ces amoureux, ce qu'ils peuvent devenir bêtes parfois. Coralie, s'il t'importune encore, préviens-moi. Je le remettrai dans le droit chemin.

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- Chérie, nous partons à Megève. Marco, sors l'Alfa.

- Ah non, s'indigne Francesca. Elle est inconfortable. En plus, cela fait encore italien. Pour Megève, il faut le quatre-quatre BMW, c'est plus adapté.

- Ah, j'en ai marre de ces allemands, déjà qu'ils veulent me piquer mes affaires !

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Le repas avance au rythme des personnalités. Fabien marmonne, Chantal le houspille, Paul sert à boire, Mathilde s'intéresse à ses voisins, Amandine gaffe, Antoine tente d'éblouir, sa femme s'efface et Coralie le rabroue. Minuit arrive hâtivement, sans que le dessert ne soit encore servi. L'assemblée se lève et s'embrasse. Les couples amoureux prennent leur temps, les moins amoureux souhaitent déjà la bonne année aux autres. Antoine espère la richesse, Josiane la santé et surtout ne pas vieillir, Amandine un homme, Evelyne la sérénité, Coralie l'amour durable avec Hervé, et Mathilde le bonheur de tout le monde.

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Article ajouté le 2007-04-30 , consulté 137 fois

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