Je vous le confesse
« Un samedi de printemps » est mon premier manuscrit. Son écriture a commencé en novembre 2004. Elle s'est transformée rapidement en boulimie pour s'achever quatre mois plus tard. Je suis parti naturellement et naïvement sur la base de ma biographique. Ce procédé a l'avantage de ne pas mettre au point de scénario. Il présente surtout les inconvénients de ne pas être original, et de n'intéresser que les proches de l'auteur, à moins que celui-ci ait un vécu passionnant. Mais je ne suis pas Lawrence d'Arabie. J'ai aussi voulu consigner l'essentiel de mes idées sur de nombreux sujets, ou les pensées que j'ai apprises et qui me semblent importantes. Le roman est devenu tour à tour une biographie, une introspection, une thérapie libératrice, un essai philosophique. En fait, un capharnaüm de souvenirs et de réflexions. Le style a suivi la même imperfection, avec des passages faciles et joyeux, d'autres lourds d'émotions, des citations de lectures, ne me sentant pas le droit de reprendre à mon compte les idées énoncées par d'autres, des commentaires de textes, et des raisonnements migraineux ou soporifiques. J'aime néanmoins ce premier manuscrit, tout imparfait et brouillon qu'il soit, car il m'a offert dès les premières heures d'écriture un cadeau, la découverte d'un plaisir insoupçonné. Plus qu'un plaisir, un exercice où mon esprit se transforme, se trouve guidé, s'approche d'une dimension supérieure. Et aussi parce que le récit me ressemble. Il fait partie de moi, il est moi. Je me suis dévoilé, et en même temps libéré. Un tel livre ne pouvait trouver éditeur. C'est un bien, qui préserve mes proches autant que moi-même. Car j'ai découvert dans un deuxième temps, lors de la lecture par mon entourage, la puissance des mots, le mal que l'on peut faire involontairement à des êtres que l'on aime, qui prennent de plein fouet un mot dont la perception était différente à mes yeux. Etonnante aussi est la diversité des réactions face à un sujet, pouvant donner lieu à des interprétations diamétralement opposées. Ces conséquences inattendues ont tempéré ma joie.
Après l'expérience relativement lourde du premier manuscrit, j'éprouvais un besoin de légèreté. « Par la frayeur et par le rire » s'est imposé de juin à novembre 2005. La boulimie était encore bien présente. J'avais envie d'écrire sur la diversité humaine et je me suis étourdi de différents traits de caractère, de nombreux personnages, d'adverbes et d'adjectifs, et aussi de scènes érotiques avec enthousiasme, puisque je ne m'étais pas encore essayé à ce genre. Au déplaisir d'une ancienne génération que je regrette d'avoir choquée. J'ai abusé de tout. Mais j'aime aussi ce deuxième manuscrit. Sous ses aspects de légèreté, il décrit la vie. Certains lecteurs ne parviennent pas à croire aux personnages, qui pourtant existent. Cela m'amuse d'être la victime d'une réalité qui dépasse la fiction. Je suis également heureux du ton donné, légèrement détaché des événements, comme si une pièce de théâtre se déroulait sous nos yeux, le théâtre de la vie, avec au bout, une pirouette théâtrale qui désole certains lecteurs. La diversité humaine n'a pas de fin, et il me plaisait d'interpeller le lecteur en le laissant sur sa faim. Là aussi les réactions sont diamétralement opposées. Certaines personnes sont enthousiasmées et d'autres choquées. Je ne parviens pas encore à accepter qu'un récit engendre inévitablement des mécontents.
Après avoir écrit deux extrêmes, le lourd et le léger, je me suis assagi. La boulimie s'est estompée. Les scènes extrêmes, sérieuses comme libertines, m'intéressent moins puisque je les ai déjà peintes. Je me suis également censuré, en pensant aux réactions déplaisantes d'êtres que j'aime. J'ai alors abordé un sujet sérieux qui correspond à mes affinités, « La règle d'or ». J'ai pris mon temps pour concevoir le roman, de janvier à août 2006. Pour attirer le lecteur, j'ai allié le dépaysement du voyage et le suspense, à une recherche spirituelle. Je n'ai démarré l'écriture que lorsque je connaissais la fin, pour construire un scénario solide, où je m'amuse et me grise à mener le lecteur où je veux, aussi bien dans les surprises que dans les fausses pistes, avant progressivement de l'inviter à trouver le dénouement. Le fond et la forme ont subi une cure d'amincissement, l'écriture est épurée, le nombre de personnages principaux est faible. Quant aux réactions des lecteurs, j'espère les connaître un jour. Cela signifiera que mon roman sera publié.
